Extension de maison : pourquoi la jonction avec l’existant se fissure-t-elle ?

Une extension neuve accolée à une maison ancienne, et au bout de quelques mois une fissure verticale nette à l’endroit exact où les deux se rejoignent. C’est l’un des désordres les plus fréquents en rénovation, et l’un des plus prévisibles. Deux bâtiments construits à des époques différentes ne bougent jamais ensemble.

Pourquoi les deux bâtiments bougent différemment

Plusieurs raisons se cumulent, et une seule suffit à ouvrir une fissure :

  • La maison ancienne a fini de se tasser depuis des décennies. L’extension neuve, elle, tasse pendant ses premières années, même bien construite.

  • Les fondations ne sont pas les mêmes : profondeur, largeur, type de sol rencontré. Les deux ouvrages ne réagissent pas pareil à une sécheresse ou à une période humide.

  • Les matériaux diffèrent : pierre ou brique d’un côté, parpaing ou béton de l’autre. Ils ne se dilatent pas et ne retirent pas de la même façon.

  • Le terrassement de l’extension a déchargé ou remanié le sol au pied du mur existant, qui s’en trouve déstabilisé.

La règle de l’art : le joint de désolidarisation

Parce que ce mouvement est prévisible, les règles de construction imposent de ne pas lier rigidement l’extension à l’existant. Un joint de désolidarisation, ou joint de rupture, sépare les deux structures sur toute leur hauteur, fondations comprises, et il est traité en façade par un couvre-joint souple qui reste étanche tout en autorisant le mouvement. Quand ce joint existe, la fissure n’apparaît pas : le mouvement est absorbé là où on l’attend. Quand l’entreprise a harpé les murs, coulé une dalle continue ou enduit par-dessus la jonction, la fissure apparaît exactement là où le joint aurait dû être.

Est-ce grave ?

Le plus souvent, la fissure de jonction est un défaut de conception qui n’affecte pas la stabilité de l’ensemble : chaque bâtiment tient seul. Mais elle laisse entrer l’eau, elle se rouvre à chaque saison, et elle peut se prolonger dans les planchers, les carrelages et les cloisons. Si l’ouverture augmente régulièrement ou si l’extension penche, c’est que ses fondations sont insuffisantes, et le problème change de nature. Le suivi par jauge et l’examen des fondations permettent de trancher.

Qui est responsable et que faire ?

L’absence de joint de désolidarisation est un manquement aux règles de l’art qui engage l’entreprise ou le maître d’œuvre, dans le cadre de la garantie décennale si le désordre compromet la solidité ou l’étanchéité. La reprise consiste à créer le joint après coup, ce qui est possible mais coûteux. Avant toute démarche, il faut un constat qui établisse l’absence du joint, la nature du mouvement et son évolution. Et si vous projetez une extension, faire vérifier le principe de liaison sur les plans avant le démarrage coûte quelques centaines d’euros, contre plusieurs milliers pour une reprise.

Rodolphe GAUER, expert technique en bâtiment, GAUER Expertise Bâtiment, Le Mans. Interventions en Sarthe et dans le Grand Ouest. Devis gratuit sous 24 heures ouvrées au 06 35 56 23 65.

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