Jauge de fissuration : à quoi sert-elle et comment lire ses mesures ?
Une fissure ne se juge pas en une visite. Ce qui compte, c’est de savoir si elle bouge encore. La jauge de fissuration répond à cette question : c’est un petit instrument fixé à cheval sur la fissure, qui mesure son ouverture dans le temps au dixième de millimètre près. Simple, peu coûteux, et souvent décisif.
Comment ça fonctionne ?
La jauge la plus courante est faite de deux plaques transparentes qui coulissent l’une sur l’autre. Chacune est collée d’un côté de la fissure. L’une porte une grille millimétrée, l’autre un repère en croix. Si la fissure s’ouvre, se ferme ou se décale, le repère se déplace sur la grille. On note la position à la pose, puis à chaque relevé. Une variante plus simple, le témoin plâtre ou le témoin papier daté, dit seulement si ça bouge, sans mesurer de combien. Pour un suivi sérieux, la jauge graduée est préférable.
Combien de temps faut-il suivre ?
Au moins une saison sèche et une saison humide, soit six à douze mois, avec un relevé mensuel. C’est le seul moyen de distinguer :
Une fissure stabilisée : le repère ne bouge pas, ou revient à sa position initiale après un cycle. On peut la traiter en finition.
Une fissure saisonnière : elle s’ouvre en été et se referme en hiver. C’est la signature du retrait-gonflement des argiles, ou d’une dilatation thermique.
Une fissure évolutive : l’ouverture augmente d’un relevé à l’autre sans revenir en arrière. Le mouvement continue, et il faut en chercher la cause avant tout travaux.
Comment interpréter les valeurs ?
Un mouvement de quelques dixièmes de millimètre sur une saison, qui revient ensuite, est courant et rarement inquiétant. Un déplacement qui dépasse le millimètre et qui ne revient pas est un signal. Au-delà de deux millimètres d’ouverture cumulée, on est dans le domaine des fissures dites structurelles. Mais la valeur seule ne suffit pas : une jauge posée sur une fissure d’enduit mesurera surtout le retrait de l’enduit, et une jauge mal collée ou posée sur un support qui s’effrite donnera n’importe quoi. C’est pour cela que la pose et la lecture se font par l’expert, avec photos datées à chaque relevé.
Dans quels cas poser des jauges ?
Avant d’engager des travaux lourds, pour vérifier que le mouvement est bien actif et justifie une reprise en sous-œuvre. Dans un dossier de sécheresse, pour documenter le lien entre les saisons et l’ouverture des fissures. Dans un litige de voisinage après des travaux de terrassement, pour prouver que le mouvement a commencé ou s’est accéléré à une date précise. Avant une vente, pour vendre en connaissance de cause. Dans tous ces cas, le suivi par jauges donne une série de mesures datées, difficiles à contester, là où une visite unique ne donne qu’une opinion.
Rodolphe GAUER, expert technique en bâtiment, GAUER Expertise Bâtiment, Le Mans. Interventions en Sarthe et dans le Grand Ouest. Devis gratuit sous 24 heures ouvrées au 06 35 56 23 65.